Une auteure-compositeure écrit et envoie une lettre par semaine durant la pandémie

Jan 4 2021, 4:46 pm

The Friendly News is a collaboration between TELUS and Daily Hive. Together, we’re creating a space for important, feel-good community stories to be told, where Canadians can immerse themselves in uplifting news and articles featuring community leaders giving back during a time when we all need it most.

Écrit pour Daily Hive par Shelley Hamilton, gagnante d’un prix Juno, native de la Nouvelle-Écosse et vivant présentement à Toronto, actrice et écrivaine malgré elle. Elle réclame depuis peu la gloire comme étant une des seules chanteuses noires de musique country au Canada.


L’écriture.

Une relation amour / haine.

L’amour de l’écriture, parce que j’ai toujours aimé les mots et ce qu’ils peuvent représenter sur une feuille de papier. Immortalisés. Documentés. La haine, car, justement, mes mots sont documentés. Et si je les écris, MOI, bien ils sont là pour être interprétés, tant par moi-même que par tous ceux qui les lisent.

Je suis donc une écrivaine réticente. J’écris parce que j’ai une passion pour l’écriture. Je crois que parce que je suis une chanteuse, les mots sont comme de la musique pour moi. Que je les chante ou que les écrive pour quelqu’un, ces mots sont des émotions.

Ma passion pour l’écriture m’est venue de ma mère. On pourrait la considérer comme sans éducation puisqu’elle n’avait complété que sa 8e année, mais chez nous, je l’ai vu lire avidement, s’éduquer avec les livres de ses enfants et nous lire des histoires de Kipling pour nous endormir. Si encourageante pour moi, elle était un modèle de la calligraphie, me montrant comment, en tant que gauchère, utiliser ma main droite pour obtenir une inclinaison sans taches.

Alors, en tant que lettre d’amour à ma mère, j’ai décidé d’écrire 52 lettres à certaines personnes cette année, une par semaine. Mais, je voulais aussi le faire de façon conservatrice, ce qu’elle aurait grandement apprécié. J’ai donc pris une plume, un encrier, des timbres et de la cire. J’ai grandement apprécié le recueillement et le temps avec chaque personne à travers ma plume.

Shelley Hamilton

Shelley Hamilton / Paul Wright Studio

Puis, arriva la COVID.

Tout s’est arrêté. Mais l’écriture, elle, a continué. Ces personnes devaient savoir qu’elles étaient vues et qu’elles étaient aimées lorsqu’elles ne s’y attendaient pas. Le fait d’écrire toutes ces lettres m’a fait vivre tellement d’émotions d’amour et d’appréciation, autant pour les gens que j’ai connus que pour des gens que je ne connaissais pas.

J’ai envoyé des mots de reconnaissance à tous les préposés qui se sont occupés de ma belle-

mère sur son étage de soins de longue durée, en leur offrant un soin facial pour rehausser leur peau fatiguée par le port du masque.

J’ai aussi envoyé des mots à mes nouveaux voisins que je n’avais pas encore rencontrés, pour leur dire que nous faisions tous partie de la même communauté.

covid letter writing

J’ai remercié mes médecins pour les soins prodigués tout au long des années de maladie, et pour leurs efforts en première ligne présentement.

Lorsque le plus grand massacre du Canada a eu lieu en Nouvelle-Écosse, il fut très difficile de faire le deuil après cette tragédie, souhaitant me retrouver auprès de ma famille. Ce fut déchirant pour tous dans les Maritimes.

J’ai écrit à des amis là-bas aussi, pour leur envoyer une étreinte et rendre hommage au confort de ma maison à travers des mots qui sont si difficiles à dire. Ma bouche ne formulait pas une telle douleur, mais ma plume y arrivait. En écrivant ces mots, j’en suis à écrire ma 46e lettre. Je ne sais pas combien j’en écrirai encore, mais j’ai aimé et je chéris chaque moment passé à les écrire.

J’ai aimé tous les moments où l’encre a remplacé mes larmes. J’ai aimé les messages et les appels reçus de toutes ces personnes qui ont été touchées par mes lettres, avec des paillettes qui en tombaient comme une pluie de bonbons.

Mais ce que je crois avoir aimé le plus, c’est qu’à mon insu, ce projet a eu un objectif autre; celui de garder en vie mon cœur créatif. Alors que je ne pouvais pas chanter, j’ai été émue à travers ma plume et j’ai pu transmettre la connection que je créée habituellement à travers mes chansons.

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J’ai écrit une lettre à ma belle-mère, qui meurt de complications suite à sa démence. Tant de choses que je veux lui dire, mais qu’elle n’entendra jamais. Lorsqu’elle décèdera, ce qui est imminent, je lui lirai cette lettre. Son corps se relâchera et son esprit sera alors libre pour m’entendre.

J’aimerais penser que ceci, maintenant, est ma 52e. Celle-ci n’est pas écrite avec ma plume, mais elle traduit le même sentiment que de prendre une plume et la tremper dans l’encrier. De longues pensées. Parce que j’ai la chance d’écrire ceci à plus d’une personne: je vous dis bravo, belle personne, pour avoir survécu à cette année. J’espère que d’autres gens ont été gentils avec vous, qu’ils vous ont fait rire à des moments plus sombres.

J’espère que vous allez bien, que vous êtes en santé. Même si nous ne nous sommes pas rencontrés, je vous envoie ceci avec amour et énergie, et j’espère que vous me sentez vous faire une étreinte chaleureuse. Si vous le sentez, faites-le sentir à quelqu’un d’autre – par une lettre peut-être.

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