Une mère quitte son emploi de bureau pour ouvrir une école de danse et tambour Afro-Caribéenne

Mar 23 2021, 6:00 am

L’espace Bonnes Nouvelles est une collaboration entre TELUS et Daily Hive. Ensemble, nous mettons sur pied un espace pour nouvelles inspirantes où tous peuvent se plonger dans une atmosphère positive via des chroniques et des histoires relatant des initiatives de bienfaisance à un moment où nous en avons tant besoin.

Écrit pour Daily Hive par Jackie Gillard, une journaliste indépendante canadienne qui a écrit pour le Washington Post, CBC, MoneySense, Today’s Parent et plusieurs autres publications.


Une femme convaincue que la danse et le tambour sont de puissants rassembleurs pour une communauté.

Sans être Pollyanna, les publications de Sannaj Mirrie sur les réseaux sociaux sont remplies de citations inspirantes.  Dans son enfance comme dans sa vie adulte, Sannaj a vécu des moments difficiles dans plusieurs aspects de son parcours, mais elle refuse de se laisser abattre. Sa voix est douce et mélodieuse, mais ses yeux brillent de la détermination de réaliser son rêve, celui de fonder et être directrice artistique de l’école Awifi Groove à Ajax, en Ontario, à l’Est de Toronto. 

À 14 ans, Sannja a quitté sa Jamaïque natale et s’est établie à Toronto. Malgré un sentiment d’avoir perdu sa culture, elle s’est investie dans le tambour et la danse africaine et caribéenne après avoir assisté à une performance de Black History Month à son école.

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Tony Captures

“Les tambours et la danse m’ont donné un sentiment d’appartenance à ma culture natale, dans un moment où je me sentais comme une étrangère,” nous explique Sannja lors d’une entrevue téléphonique.

“En fait, ce fut plus que cela pour moi; cela m’a donné un sentiment d’accomplissement et un objectif.”

Sannja a ensuite entamé des études à l’Université York. Diplômée d’un baccalauréat en Études sur le développement international, secteur du développement social et culturel, elle a travaillé pour la Banque TD pendant 11 ans, tout en enseignant et pratiquant le tambour et la danse. Ses voyages reliés à ces pratiques durant cette période lui ont réellement ouvert les yeux sur sa passion profonde, son désir d’ouvrir son propre studio.

En 2006, lors de son premier voyage en Haïti, elle a participé à la construction d’une école. Elle explique comment durant la jour, elle voyait la pauvreté extrême. Toutefois, la nuit, cette pauvreté et es difficultés quotidiennes faisaient place à la musique, la danse, la joie et la liberté dans les théâtres et places publiques aux abords de l’auberge où elle demeurait.

 

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C’est lors de son voyage au Ghana (aussi en 2006) que Sannja a vécu une expérience qui a changé sa vie. Elle visitait les châteaux (maintenant convertis en musées pour honorer les victimes), où les Africains kidnappés ont été emprisonnés dans des donjons, en attendant les bateaux qui les amèneraient de l’autre côté de l’Atlantique, en Europe, pour être vendus dans les marchés d’esclaves.

Sannja a vu les horreurs endurées par ses ancêtres. Elle a alors pris entièrement conscience de sa propre liberté et de ses privilèges. Elle a alors ressenti le besoin d’honorer ses ancêtres en préservant et partageant une partie de leur culture africaine. C’est alors que l’idée d’utiliser ses propres passions pour la danse et le tambour pour rassembler les gens a commencé à germer.

De Trinité-et-Tobago en 2007, à Cuba en 2010 et Guyana en 2011 (deux mois après la naissance de son premier enfant), Sannja a continué sa quête, non seulement sur l’apprentissage des différentes danses et rythmes de tambour de la diaspora, mais aussi sur elle-même, et sur sa fierté de faire partie de cette culture et des communautés artistiques.

Son identité propre et son sentiment d’appartenance se sont définis et elle voulait partager tous ces bénéfices positifs avec, en particulier, les enfants.

En 2013, Sannja a ouvert l’école de danse et de tambour afro-caribéenne “Afiwi Groove”.

Le nom provient du patois jamaïcain “Afiwi”, qui veut dire “pour nous, pour tous”.

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Sanaaj Mirrie / Tony Captures

Cela concrétisait son souhait de créer un monde où une communauté puisse se regrouper pour s’entre-aider et où tous ont l’occasion d’avoir un but en commun. L’école sous-loue un espace les dimanches d’une école déjà établie. Avec seulement quelques étudiants au début, le groupe s’est élargi avec le temps.

En 2018, Sannja, alors mère monoparentale de deux enfants, a décidé de quitter son emploi à la Banque TD pour s’investir à 100% dans son école “Afiwi Groove”. Celle-ci a pris de l’ampleur grâce au bouche à oreille, les médias sociaux et les différents spectacles donnés dans certaines communautés et événements culturels.

Afiwi Board of Directors/ Tony Captures

Puis, l’arrivée de 2020 et la Covid-19 qui frappe. Comme plusieurs petites entreprises, Afiwi Groove était affectée. Certains parents ne pouvaient plus payer les cours à leurs enfants et les confinements imposés par le gouvernement ont empêché les cours en studio. Sannja, ses mentors, son conseil d’administration et ses enseignants ont dû trouver une solution, et vite.

Afiwi Groove a débuté une collecte de fonds pour aider les parents à payer les cours via la plateforme GoFundMe.

L’école a aussi demandé de l’aide et a reçu des fonds fédéraux donnés par la Croix Rouge pour contrer les effets de la COVID, fonds qu’ils ont utilisés en août 2020 pour faire des séances de tambour en cercle extérieurs au marché Kinsington, à Jane & Finch, Brampton, Newmarket, Bowmanville, Peterborough, et Ajax en Ontario.

Ces séances furent diffusées en direct à travers la page Facebook de Afiwi Groove, permettant aux canadiens de se joindre à eux avec de vrais tambours ou des tambours de fortune.

“La participation fut incroyable!”, s’exclame Sannja.

“Chaque événement était rempli de 10 à 20 participants, âgés de 5 à 25 ans et jouant tous du tambour, plus les spectateurs. Les communautés ont été si enthousiastes et solidaires à notre présence et nos efforts. Nous nous sommes sentis les bienvenus et avons créé des liens profonds avec certains participants.”

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Afiwi drumming circle team/ Tony Captures

Les fonds ont aussi été utilisés pour favoriser des partenariats avec 17 organisations et groupes à travers le Canada, qui œuvraient déjà avec des communautés en manque de services.

Afiwi Groove a offert des classes de danse afro-caribéennes en vidéo via Zoom les lundis, mercredis et dimanches aux enfants dont les parents ont vécu l’impact de la COVID-19, soit par une perte d’emploi, maladie, décès, ou simplement pour divertir les enfants confinés à la maison.

Les cours ont rapidement atteint leur capacité maximale et, après 8 semaines, les parents furent tristes de voir la fin arriver. Afiwi Groove a alors partagé les bienfaits de l’expérience avec la Croix Rouge et a reçu une deuxième bourse. Leur intention initiale était d’aider 600 enfants. Aujourd’hui, ils ont enseigné la danse et le tambour à environ 1 400 enfants, sans frais aux parents.

Le plus récent projet financé par la deuxième bourse, appelé “Afiwi Roots and Revival”, assume que tous et chacun ont vécu l’impact de la COVID-19 d’une façon ou d’une autre. Le but est de faire reconnecter les communautés avec leurs racines, que celles-ci soient d’une culture en particulier, une famille immédiate, soi-même, un objectif personnel, ou encore pour rester les pieds sur terre et rester connecté avec ce qui est vraiment important dans la vie.

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Afiwi performance team/ Tony Captures

L’effort du projet Revival est vraiment de créer un renouveau de l’esprit, du corps et de l’âme.

Dans une pandémie qui semble affecter d’une façon disproportionnée les femmes, la bourse de Afiwi Groove a aussi financé la version “Queens Edition” du programme “Roots and Revival”.

Le programme multiculturel destiné aux femmes avait un but initial d’amener 100 femmes à participer virtuellement quatre soirs par semaine entre janvier et février, la période la plus propice aux dépressions, à l’anxiété et aux problèmes de maladie mentale, même sans COVID-19.

Le groupe avait pour but d’adresser les sentiments d’isolement et de fournir un espace sécuritaire et apaisant afin de permettre aux femmes de discuter de soins, de leur état d’esprit, de traumatismes et de thérapies, de faire face à leurs peurs et leurs peines, la dépression, mais aussi de les encourager à faire des efforts pour réaliser leurs rêves et s’engager dans la danse. Le groupe a accueilli plus de 500 femmes âgées de 30 à 65 ans.

En plus d’offrir tous ces projets sans frais, Afiwi Groove offre toujours ses classes régulières de danse et tambour afro-caribéenne aux enfants, adolescents et adultes. Cela constitue un excellent exercice relaxant, permettant d’oublier le travail et l’école pour se laisser emballer par la musique.

“Ma fille danse avec Afiwi Groove depuis plus d’un an. Elle adore l’enseignement des différentes danses et j’aime beaucoup la connexion avec notre culture. Elle apprend à apprécier la culture caribéenne et africaine et pose beaucoup de questions au sujet des pays et sujets discutés en classe”, écrit Monique Guthrie dans un message.

“C’est tellement plus que de la danse.”

 

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